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» Catégorie : international


Quand le Pape fait capoter l’Eglise………….

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Pour tous ceux qui, ayant arrêter de vivre la semaine dernière, auraient raté la dernière boulette de sa Sainteté, il me paraissait indispensable d’y faire une petite allusion. Après la réintégration des prêtres négationnistes jadis excommuniés, et l’excommunication , (pour faire l’échange?!!) d’une brésilienne ayant fait avorter sa fillette de 9 ans engrossée à l’occasion de viols répétés par son beau-père, le Pape, qui n’a sans doute pas pu s’empêcher de dire une connerie de plus, s’en est pris à l’efficacité du préservatif dans la lutte contre le SIDA en Afrique.

Une position constante de l’Eglise : l’interdiction du préservatif

Avant de le blâmer, il conviendrait de lui concéder que l’Eglise catholique n’a jamais pris ouvertement le parti de la capote. Déjà Jean Paul II, même s’il n’a jamais prononcé le terme de « préservatif » prohibait en son temps l’utilisation des contraceptifs ainsi que les pratiques homosexuelles, conformément à la loi divine.  Ses propos avaient à cette époque conféré à l’Eglise un statut de complice dans la propagation du virus du SIDA en Afrique. Mais l’opinion ayant été plus qu’émue par la mort du Saint Père , elle a sans doute préféré enterrer ces déclarations au goût amer à côté de lui.  Jusqu’à ce que, le jeudi 19 mars, son remplaçant Benoit XVI choisisse de relancer la polémique, depuis l’avion qui le conduisait à Yaoundé. Selon ses dires, « le préservatif ne règlera pas le problème du SIDA en Afrique, il ne fera que l’aggraver. »

Selon lui, donc, il n’y aurait pas moins mais plus de gens contaminés par le virus grâce à l’utilisation du préservatif. En prenant cette déclaration au pied de la lettre, on devrait comprendre que ce que l’on croit utiliser depuis plus de 20 ans comme protection, au lieu de nous protéger, nous expose à la contamination. Sans doute Benoit XVI, en évoquant les dangers du préservatif, fait-il référence aux éternels et lassants « comportements à risque » des individus qui en utilisent.

Les comportements à risque : définition

Aujourd’hui, en France, le sexe et les pratiques sexuelles autrefois dites « déviantes » se sont très largement démocratisées, ou sont tout au moins tolérées tant qu’elles restent dans la sphère privée. Disons, pour parler franchement, que le roi des queutards ne sera pas hissé en haut du bûcher tant qu’il est un queutard responsable et averti, bref, qu’il « sort couvert ». Dans notre société, ce qu’il convient d’appeler « comportement à risque » renvoie pour l’opinion publique, à la non-utilisation du préservatif, ou à sa mauvaise utilisation.

Or, en bon vieux réac’ (et s’est normal, tout de même, c’est un homme de Religion), notre Pape n’entend pas l’expression de la même façon que l’opinion publique française. Pour lui, elle désigne toutes les pratiques sexuelles appelées « comportements à risque » avant la libération sexuelle dans notre pays, et tout particulièrement l’homosexualité, l’amour avant le mariage, et la pluralité des partenaires. Selon l’Eglise, les personnes qui auraient tendance à imputer une part de la responsabilité de la pandémie à l’interdiction du préservatif par le(s) Pape(s) seraient mal informées, et ne tiendraient pas compte des comportements individuels. Monseigneur Stanislas Lalane, consultant pontifical pour les communications sociales affirmait la semaine dernière dans « le Nouvel Obs’.fr » qu’en comptant uniquement sur le préservatif pour lutter contre le sida, on risquait d’oublier les éléments essentiels (…) et d’enseigner la chasteté et la fidélité dans la sexualité. » Selon l’Eglise, donc, un faux sentiment de sécurité viendrait avec la protection supposée du préservatif, donnant aux personnes la possibilité d’avoir des partenaires multiples, et donc, d’alimenter la diffusion de l’épidémie.

Or, je vous le demande, le fait d’attribuer la propagation du Sida à la pluralité des partenaires sexuels lorsque l’on parle de l’Afrique ne sert-il pas la cause anti-polygamique d’un lointain ethnocentrisme occidental?

Quand l’occident n’est pas exportable

La parole pontificale, contre laquelle les personnalités de tous bords ont cru bon de s’offusquer la semaine passée (plutôt que de se demander s’il n’y avait pas là matière à débat), trouve pourtant un écho en Afrique. L’exemple type en est l’Ouganda. En 1990, l’épidémie touchait quelque 20% de la population du pays, soit un Ougandais sur cinq. Les autorités sanitaires, en s’efforçant d’obtenir un changement des comportements, ont mis en place la méthode ABC (Abstain, Be faithful, and if you must, use Condoms), destinée à éradiquer le SIDA en faisant évoluer les mentalités. Cette méthode, préconisée pour éliminer le risque de contamination, et non le réduire, a prouvé son efficacité, puisqu’en 2006, le virus ne touchait plus « que » 6 à 7% de la population ougandaise. La réussite dans ce pays nous montre bien que la parole Sainte obtient bien plus grande résonance en Afrique que la simple préconisation de la protection capotique à l’occidentale

. Devons nous pour autant dire Amen à la parole du Saint Père? Grand Dieu non! Affirmer comme il l’a fait, que le préservatif est inefficace contre la propagation de l’épidémie reviendrait à dire aux automobilistes que rouler avec une ceinture de sécurité ne sert à rien, et que la seule protection contre le danger est de rester piéton.

SIDA = gagne pain de l’Eglise?

Les propos tenus par Benoit XVI le 19 mars, ainsi que l’écho qu’ils trouvent en Afrique devraient pourtant nous amener, en tant que pays riche susceptible de porter secours à l’Afrique dans sa lutte contre le virus (bien que pas toujours volontaire), à réfléchir à un éventuel compromis entre la simple distribution de capotes aux jeunes Africains et la préconisation intransigeante de l’abstinence avant le mariage suivie de la fidélité. L’utilisation drastique de préservatifs pourrait en effet permettre aux jeunes Africains de se responsabiliser et de vivre leur libération sexuelle (d’autant plus à l’heure ou de petites avancées mais non moins encourageantes  sont faites  à l’encontre de l’excision), sous couvert d’être accompagnée d’une solide prévention et information.

Une dernière question néanmoins : dans une Eglise catholique tombant quelque peu en désuétude en occident, le SIDA en Afrique ne sert-il pas alors la cause de l’Eglise, en lui offrant sur un plateau d’argent de nouvelles brebis égarées à guider sur le bon et droit chemin? Au nom de tous les valeureux et respectables missionnaires catholiques engagés en Afrique auprès des malades et des plus démunis, je n’attends pas de réponse à cette question.

Reste qu’aujourd’hui, 55% des catholiques français disent avoir retiré le soutien qu’ils apportaient au Pape jusqu’ici.

 

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